Littérature traduite

  • Ahmed, huitième fille d'un couple sans héritier mâle, a été élevée comme un garçon. Découvrant peu à peu sa féminité, elle choisit toutefois d'assumer la révolte de son père, de vivre en homme. Elle épouse une fille délaissée, bientôt sa complice dans la vertigineuse descente aux enfers du mensonge social le plus fou.

  • En attendant le vote des bêtes sauvages, le président koyaga est un maître chasseur .
    Et un dictateur de la pire espèce. au cours d'une cérémonie purificatoire en six veillées, un griot des chasseurs et son répondeur lui racontent sa propre vie, toute sa vie, sans omettre les parts d'ombre et de sang. koyaga est né dans la tribu des hommes nus. il a fait la guerre d'indochine. puis il a pris la tête de la république du golfe en usant de la sorcellerie et de l'assassinat. accompagné de son âme damnée méclédio, qui a vu en lui son homme de destin, il a parcouru l'afrique de la guerre froide, prenant des leçons auprès de ses collègues en despotisme.
    On n'aura guère de peine à reconnaître au passaage houphouët-boigny. sékou touré, bokassa, mobutu. pour ne parler que des non-vivants. de retour chez lui, grâce aux pouvoirs merveilleux que lui confèrent la météorite de sa maman et le coran de son marabout, il triomphe de tous ses ennemis, déjoue tous les complots. jusqu'au jour de la dernière conjuration oú s'étant fait passer pour mort, il perd la trace de la maman et du marabout.
    Avec un humour ravageur et une singulière puissance d'évocation, le récit mêle hommes et bêtes sauvages dans une lutte féroce, allie le conte à la chronique historique et renverse nombre d'idées reçues sur les relations étroites qu'entretiennent la magie et la politique mondiale.

  • - On m'appelle Claus T. Est-ce mon nom ? Dès l'enfance, j'ai appris à mentir. Dans ce Centre de rééducation où je me remettais lentement d'une étrange maladie, on me mentait et je mentais déjà. J'ai menti encore quand j'ai franchi la frontière de mon pays natal. Puis j'ai menti dans mes livres. Bien des années plus tard, je franchis la frontière dans l'autre sens. Je veux retrouver mon frère, un frère qui n'existe peut-être pas. Mentirai-je une dernière fois ?
    - Je m'appelle Klaus T. Mais personne ne me connaît sous ce nom-là. Depuis que mon frère jumeau a disparu, il y a cinquante ans de cela, ma vie n'a plus beaucoup de sens. J'ai longtemps attendu son retour. S'il revenait aujourd'hui, je serais pourtant obligé de lui mentir.
    Après les horreurs de la guerre ( Le Grand Cahier ) et les années noires d'un régime de plomb ( La Preuve ), le temps serait-il venu d'ouvrir les yeux sur la vérité ? Mais la vérité ne serait alors qu'un mensonge de plus car "un livre, si triste soit-il, ne peut être aussi triste qu'une vie".

  • Désobéissant à Samory, empereur de tout le pays mandingue, le roi de Soba, Djigui Keïta, n'a pas rasé sa ville à l'arrivée des troupes coloniales - sûr que la magie des ancêtres, la protection d'Allah et la muraille édifiée à la hâte suffiraient à repousser les «Nazaréens». Ceux-ci prennent donc Soba sans coup férir. Mais tandis que les griots chantent la gloire de Djigui Keïta et de ses cent vingt années de règne, le roi déchu s'enfonce dans une collaboration de plus en plus meurtrière avec l'occupant.Sous l'épopée tragique et dérisoire d'un peuple livré à la colonisation, perce la satire des Etats africains modernes livrés à leurs démons, et un réquisitoire aussi drôle que violent contre ces conformismes qui mènent parfois aux pires compromissions.

  • Trois parties dans cette éducation sexuelle et intellectuelle d'un adolescent marocain.
    L'enfance, chaleureuse et chargée de sensualité au sein de sa famille. Le père a sa chambre, le
    grand frère la sienne. L'auteur dort avec sa mère et la troupe de ses soeurs (ils sont 13 enfants).
    Tout le monde suit de près les rituels amoureux des parents : étreintes suivies de déchaînements
    de jalousie.
    Il a 13 ans quand son grand frère qu'il admire - il lui prête des livres - l'emmène en vacances à
    Tanger. Il le voit nu et tombe amoureux. Choc violent. D'autant que le grand frère s'entiche d'une
    fille... affres du désir, de la jalousie, du sentiment d'une différence qui le bouleverse.
    A 20 ans, il atterrit à Genève. Brillant étudiant, il vient y finir ses études. Au Maroc, il est devenu
    l'amant d'un professeur suisse. Mais il l'a quitté. Cet homme l'étouffait sous son amour. Il espérait
    trouver en Europe la liberté. Mais seul, loin des siens, dans la grande ville, beaucoup le considèrent
    comme une « petite pute marocaine ».
    Le livre est à la fois cru et délicat, naïf et malin. Un itinéraire d'équilibriste où le ton balance entre
    humour et déchirement.

  • Beyrouth, quartier de Marsad, 1964. Simone, la fille cadette de Chakib Khattar, un notable chrétien issu d'une lignée d'industriels du marbre, est enlevée par Hamid Chahine, bras droit de son père à lusine. Ce rapt amoureux tombe au plus mal pour Chakib, obsédé par la transmission de son patrimoine et qui, face à lincapacité ou à lindifférence de ses héritiers légitimes, a fait de Hamid plus que son homme de confiance : une sorte de fils spirituel. Mais lenlèvement tourne court, après que les deux amants ont tenté de se marier clandestinement. Contraint de chasser Hamid, Khattar voit progressivement se transformer le monde autour de lui. Durant les années suivantes, le Liban senfonce dans la guerre, entre 1975 et la fin des années 1980. Isolé, abandonné par les siens, le dernier seigneur de Marsad est désormais au cur des convulsions dun pays livré aux milices et au chaos.Le vent de lHistoire anime cette fresque romanesque, qui est aussi une fable sur la vanité de la puissance et du pouvoir.

  • C'est à venise que le héros de petru dumitriu, archange, est immortalisé par le divin titien.
    Il devient l'homme aux yeux gris et son regard reflète le mystère amer de l'éternel errant sur les routes du monde. son périple commence à tolède, oú ses parents, parce que juifs, sont condamnés au bûcher. contraint à la fuite, il suit avec sa bien-aimée juana une troupe de mercenaires à travers l'europe du xvie siècle, déchirée par les guerres, enfiévrée par les idées de la réforme et tenaillée par l'inquisition.
    De l'espagne aux flandres, venise et ses masques mortels, malte et ses galères, oú il connaît le calvaire de la chiourme, les contrées étranges de l'orient, les rudes neiges de la moscovie, le royaume trouble du danemark, archange est de tous les combats, de toutes les passions. tour à tour esclave et confident des grands, il mène ses mille vies exacerbées jusqu'au terme de son destin douloureux et solitaire d'apatride.
    L'amour, la haine, la trahison, l'amitié, la cruauté et la pitié, archange et son auteur nous entraînent dans tous les transports de l'âme et les vertiges de l'histoire. un roman d'action et de méditation, une épopée haletante, portée par un extraordinaire souffle romanesque.

  • Iven Zohar est perdu. Radia, sa femme, l'attire et le fuit, dans un monde de lumières et d'ombres, peuplé de créatures menaçantes. Iven Zohar erre malgré lui dans ce monde inconnu, dont les métamorphoses sont aussi inquiétantes que le nouveau visage de son épouse. Radia n'est plus vraiment Radia. Une lueur de cruauté semble éclairer parfois son regard bienveillant. Mais comment lui résister ?Né en Algérie, Mohammed Dib (1920-2003) est le premier écrivain maghrébin à recevoir, en 1994, le Grand Prix de la Francophonie. Il est notamment l'auteur de La Grande Maison, Le Métier à tisser et Un été africain, disponibles en Points.« Mohammed Dib est l'un des écrivains qui ont su, à partir de leur identité nationale, s'élever vers une certaine idée de l'universalité. »Louis Aragon

  • Voici trois ans que l'Algérie a conquis son indépendance. Le préfet Waëd, idéaliste déterminé, entreprend de forger l'Algérie de ses rêves : un pays où règnent l'Ordre et le Progrès. Les fellahs et les maquisards, menés par le charismatique Madjar, nourrissent, eux, des rêves de partage et de fraternité. Au nom de la paix, Waëd va réprimer ces « agitateurs », dans une lutte démente et fratricide.Né en Algérie en 1920, Mohammed Dib a été instituteur puis journaliste avant de se consacrer à l'écriture de poèmes et de romans. Sont également disponibles en Points La Grande Maison, L'Incendie et Un été africain. Il est décédé en 2003.« Le romancier nous tient grâce à son écriture qui allie la légende, l'apologue et le roman d'action. »La Croix

  • Messaouda

    Abdelhak Serhane

    Prostituée, initiatrice, sorcière, Messaouda est un personnage de légende. Elle fait l'unanimité des désirs, et chacun la vénère comme une sainte. Dans un monde hanté par ses terreurs, elle incarne la liberté et la vie. Après sa mort, Driss répudiera son épouse, abandonnera ses enfants, s'en ira à la recherche de sexes pubères ou incrédules. Il ne tardera pas à trouver des matrices ouvertes à ses obsessions. Quant à son fils - le narrateur -, il apprendra l'atroce vérité sur la médiocrité de son père qui fut mêlé aux événements sanglants de la colonisation.

    L'extraordinaire violence de ce récit jaillit des souvenirs, des rêves et des fantasmes d'un jeune Maghrébin. Messaouda dit l'angoisse terrible d'une solitude, parmi d'autres solitudes. C'est le roman d'un peuple oublié, tapi à l'ombre d'une histoire silencieuse.

  • Le souffle dune vie naît dune rencontre entre un enfant devenu jeune adulte, Massyre, et un lieu, la Montagne Blanche, particulièrement apprécié par tous les conquérants venus visiter la Tunisie, y compris les frères protecteurs armés français. Le lieu est unique. Massyre est multiple. Il y a dabord ses sept surs et leur destin qui le regardent en silence, lui, le garçon, le huitième. Et puis, il y a ses huit métiers : suiveur de chèvres jusquà labattoir, chercheur d'Helix aperta, lescargot souterrain, vendeur de fruits sauvages, deau à la criée, de boissons gazeuses, négociant en journaux au kilo et fripier. Tout en commerçant, Massyre va à lécole puis à luniversité, fait une rencontre déterminante avec la problématique et lHistoire, et devient professeur au lycée de sa région natale. Mais, sauf à partir ailleurs, au-delà de la Montagne Blanche, peut-on enseigner le passé sur le lieu de sa propre histoire ?

  • Si le premier livre, "Le champ des Oliviers", déployait le territoire d'une inscription concernant aussi bien l'histoire que la guerre d'Algérie, "Mémoire de l'Absent" restitue par et dans le langage la cassure mentale et sociologique d'un monde en pleine destruction.



    Récit de la vie d'Abdenouar, de ses rapports avec les membres de sa famille ou d'un lycée d'Alger ; mythe touchant aux origines de la constitution arabo-berbère du Maghreb, ce deuxième livre, par l'intermédiaire des personnages de Jidda - la Vieille - et du Récitant, enracine ses pages et son propos dans les plus lointaines données de la mémoire collective. Telle est l'importance du récit de la mort de Kahéna, prise, comme celle d'Abdenouar, dans l'étendue du langage de l'Outre, métaphore par laquelle sont signifiés le passage, l'abondance, et l'écoulement de la vie.



    Selon une lecture attentive, "Mémoire de l'Absent" est bien le deuxième livre de cette découverte du Nouveau Monde.



    Nabile Farès Né à Collo (Algérie) en 1940. Après avoir vécu en Espagne et en France, il enseigne actuellement à l'université d'Alger.

  • Le fusil de mon père

    Hiner Saleem

    «Je m'appelle Azad Shero Selim. Je suis le petit-fils de Selim Malay. Mon grand-père avait beaucoup d'humour. Il disait qu'il était né kurde, sur une terre libre. Puis les Ottomans sont arrivés et ils ont dit à mon grand-père : Tu es ottoman, et il est devenu ottoman. À la chute de l'Empire ottoman, il est devenu turc. Les Turcs sont partis, il est redevenu kurde dans le royaume de Cheikh Mahmoud, le roi des Kurdes. Puis les Anglais sont arrivés, alors mon grand-père est devenu sujet de Sa Gracieuse Majesté, il a même appris quelques mots d'anglais.
    Les Anglais ont inventé l'Irak, mon grand-père est devenu irakien, mais il n'a jamais compris l'énigme de ce nouveau mot : Irak, et jusqu'à son dernier souffle, il n'a jamais été fier d'être irakien ; son fils, mon père, Shero Selim Malay, non plus.
    Mais moi, Azad, j'étais encore un gamin.»

  • "Exil de la pierre en ce monde. Où l'homme tue. Faisant voler la pierre, ou l'argile, là, au-dessus de nous, pour dire : Aucun lieu en ce monde... Aucun lieu... Que cette déflagration meurtrière de votre terre... Oui. Une peine à vivre. Qu'une folie à circonscrire... Qu'une mort à accomplir... Aucun lieu en ce monde... Votre pas et votre désir désaccouplés... Notre règne parmi les pierres, les herbes, et vos champs. Aucun lieu. Il n'existe aucun lieu en ce Monde." Telle est l'Inscription de ce livre où s'affrontent, en une jalousie "sauvage", Vie et Mort, Amour et Haine, comme Mythe ou Meurtre au-dessus du Monde. Ouverture des deux premiers livres "Yahia, pas de chance" et "Un passager de l'occident", à une parole de l'Amin, le Vieux Maître, celui qui commandait, au village d'en-Haut, la Migration de la guerre. Aucun Folklorisme : deux parties : dont la première, voilant le nom, "L'Ogresse au nom obscur", énonce une sorte de jouissance-dévoration des territoires culturels, depuis les paroles du Vieux Monde aux "consécrations" religieuses ou, plus directement, littéraires; la seconde "Les Grives au nom diurne" accentue le heurt des deux Mondes - Ancien/Nouveau - celui provoqué par la Révolution industrielle et les conquêtes impérialistes, en différents points, lieux, du Pays - Algérie - où dès 1850, puis un siècle plus tard (1954), s'affirmait l'Indépendance "autrement". La découverte du Nouveau Monde est l'incision contemporaine : Le "champ des Oliviers" est l'espace qui brûle autant soi, la terre, que le livre." Nabile Farès

  • Les enfants de la rue, déjà acteurs principaux de Messaouda, forment le second roman de Serhane. Mais après l'indépendance, les maux du Maroc se sont accentués. Le chômage, la répression policière, la corruption des administrations ne font qu'aggraver les inégalités. Deux amis, le narrateur et Rahou, décident de s'exiler : l'un va en France, l'autre part avec sa mère répudiée. Lorsque, plus tard, le narrateur revient à Azrou, la ville n'a pas changé, et elle n'est, finalement, que le reflet d'une société qui a perdu sa dignité. Violent réquisitoire contre la corruption, interrogation inquiète sur le bouleversement des valeurs, roman de moeurs et de satire sociale, Les Enfants des rues étroites est aussi et surtout l'histoire d'une amitié qui défie la faute et dépasse le pardon.

  • Djemaï était un adolescent lorsque la fin de la guerre d'Algérie a mis sa ville à feu et à sang : attentats sanglants de l'OAS, départ en panique des Pieds-Noirs, armée française aux prises avec les nouveaux maîtres du FLN et les desperados de l'OAS. C'est la vision d'un enfant confronté à ces déchaînements de violence que donne Djemaï avec sa pudeur et sa tendresse habituelles.

  • Incognito

    Petru Dumitriu

    Incognito est l'extraordinaire récit d'une aventure intérieure, dans les tourbillons de l'histoire : une histoire roumaine - une histoire humaine.
    Petru dumitriu nous entraîne aux côtés de sébastien ionesco sur les rives enchanteresses du danube, puis dans les horreurs de la guerre et les passions révolutionnaires... sur les marches du pouvoir, refusant le mensonge et l'imposture, sébastien choisit le suicide social et politique pour mieux se retrouver : après une désespérante dégringolade jusqu'au fond des prisons et des camps de rééducation, il découvre la foi et le courage de résister.
    Incognito retrace le parcours initiatique d'un saint sans eglise, sans credo, sans auréole, perdu dans la foule muette des opprimés, et signe la victoire de l'homme sur la terreur totalitaire, sur le mal et la souffrance : un vibrant message d'espoir.

  • Quand Soltane et Mina se sont mariés, ils avaient respectivement quinze et treize ans. Mina navait pris le temps ni de faire connaissance avec son corps ni dévaluer lampleur de ses rêves. Soltane navait pas eu le loisir de jouer son enfance, de faire le tri de ses souvenirs. Quant à la terre, elle ne produisait plus que des cailloux. Aussi Soltane a-t-il quitté la campagne pour les dangereuses promesses de la ville, tandis que son épouse éprouvait sans les comprendre les heurts de la tradition et du jeu morbide des adultes.
    A travers lhistoire dun couple sans expériences, cest léchec dun pays qui est ici raconté. Un pays où tout être humain se voit réduit à limage conforme de la bassesse domestique ou de la routine policière, sous le soleil de plomb des habitudes.

  • Un rêve utile

    Tierno Monénembo

    Fils dun ministre déchu, un jeune Africain senfuit de chez lui, une ébauche de pays momentanément appelé Guien attendant confirmation. Le hasard le mène devant la consigne n°319 dune drôle de gare, dans une grande cité de la douce France. Comme bon nombre de métropoles européennes, Loug est une capitale africaine. Mais avec ces deux fleuves, sa presquîle de Perrache à la dérive, nest-elle pas le microcosme par excellence, ce monde en réduction doù lAfrique serait exclue, doù lAfrique sexclurait delle-même, réduite à ses rêves dauthenticité, de progrès, daffrontement et de réconciliation ? Étudiant en physiologie, livreur dappareils ménagers, militant don se sait trop quelle cause exotique, notre jeune intellectuel se voit chargé dalphabétiser les travailleurs immigrés. Ironie du savoir, Oncle Momo, Galant-Métro, Seyni Mboup et Cie nont pas besoin de ses leçons. Revers pédagogique, cest le militant scolaire qui se retrouve à rude école. Et nous voici conviés à une grande farce qui noublie pas le souvenir de Rabelais ni celui de Guignol : la farce de la politique, de lamour, des destins croisés, de la littérature

  • Nous étions quatre soeurs.
    Chassées de chez nous par notre propre père, un homme brutal et pourtant trop faible pour résister à la tyrannie de sa nouvelle épouse, nous nous sommes retrouvées seules face à notre destin. A la croisée des chemins, nous nous sommes séparées, après avoir juré que, dix ans plus tard, jour pour jour, nous reviendrions pour raconter au père ce que le sort nous aurait réservé... Dix ans plus tard, nous ne sommes plus que trois soeurs.
    Le père vient de mourir. C'est à son cadavre déjà rongé par les mouches que nous faisons le récit de nos diverses infortunes. Histoires hallucinées, toutes placées sous le signe de la fatalité, traversées tantôt tragiques, tantôt grotesques d'un pays livré à l'arbitraire, à la misère et à la corruption, nos récits sont emplis de vacarme de la vie. La vérité ultime n'est-elle pas cependant dans le silence de la quatrième soeur, le silence de plomb de celle qui a manqué le rendez-vous ?

  • Il était une fois, effectivement, un vieux couple heureux. Des Berbères de la montagne marocaine, soumis au rythme doux de la vie villageoise, à l'observation des saisons et des couleurs du ciel.
    Le vieil homme, revenu d'un passé agité, passe ses journées à calligraphier en langue tifinagh, héritée des anciens Touaregs, un long poème à la gloire d'un saint. Sa poésie sera chantée à la radio, diffusée en cassettes, imprimée et reconnue. Les portraits de visiteurs, étudiants américains ou amis revenant de l'étranger, ou de héros locaux promis à la désuétude, tel le forgeron africain, agrémentent le rythme austère des journées, scandées par la cérémonie du thé ou la préparation des plats ancestraux, dont un délicieux couscous aux jeunes pousses de navet.
    Tout en maugréant contre la «modernité fanfaronne» et ceux qu'il appelle les «parvenus», le vieil homme entreprend un nouveau poème sur le thème de l'arc-en-ciel.

empty