Pierre Daix

  • Comment faire tenir dans un dictionnaire l'essentiel de Picasso ? Pierre Daix a relevé le défi : il a réuni plus de deux milles articles déclinant tout ce qu'on peut savoir des lieux, des amis, des amours qui ont compté dans la vie de Picasso, mais aussi de ses oeuvres importantes. Il fait le point sur ses révisions, soit des arts classiques ou archaïques et de l'art nègre, soit des réussites de ses contemporains, mais aussi des techniques de la peinture, de la sculpture, de la gravure. On y trouvera les relations que Picasso entretint avec tous les grands mouvements du XXe siècle, du fauvisme au cubisme, du surréalisme à l'art abstrait, ses problèmes avec les marchands, de Vollard aux Rosenberg ou à Kahnweiler, ses idées sur l'art, la politique, le communisme, les faux dont il a été victime, comme les malentendus provoqués par son humour. On y trouve aussi quelques-unes des femmes qui ont compté pour son oeuvre : Fernande Olivier, Olga, Marie-Thérèse Walter, Dora Maar, Françoise Gilot. En somme, tout Picasso, de l'anecdote au recensement des études parues au cours des dernières décennies, qui nous ont davantage appris sur l'artiste que ce qui avait été publié de son vivant.

  • Durant les deux décennies qui s'étendent des années 1930 à 1950, Paris a été le théâtre d'une vie artistique intense.
    De Montparnasse à Montmartre, de Pigalle à Saint-Germain-des-Prés, écrivains, artistes et photographes se rencontrent, multiplient les échanges, nouent des amitiés. L'Exposition coloniale de 1931, l'Exposition internationale de 1937, les années d'Occupation, les exils forcés ou la Libération : tous ces événements nourrissent et rythment leurs créations. Dans cet ouvrage, paroles d'artistes, portraits de photographes et regard d'historien se croisent pour offrir au lecteur un panorama unique et particulièrement vivant de la ville lumière, alors phare de la création artistique.

  • Si différentes soient-elles, les toiles de Zao Wou-Ki, depuis qu'il s'est créé son langage personnel au début de la seconde moitié du XXe siècle, portent sa signature à chaque point de leur composition, la signature d'un art en étrange pays où se fondent les espaces venus du champ de la cosmologie et des signes de la Chine ancestrale avec les espaces nés de l'affranchissement moderne chez nous, de la perspective, de Cézanne à cette abstraction lyrique qui prit son essor après la seconde guerre mondiale ; en étrange durée donc puisque celle-ci semble ne jamais s'interrompre chez lui entre les premières manifestations de cette spécificité chinoise de faire passer dans l'art le souffle de l'univers et notre fin du XXe siècle.
    Il n'y a pas de progrès en art et Zao Wou-Ki le sait mieux que personne. Il faut l'entendre s'enthousiasmer devant des pots à vin tripodes, les plus anciens qui nous soient venus de l'âge de bronze en Chine, sortis des objets du néolithique, comme devant les peintres T'ang ou la calligraphie primitive, la plus spontanée. Mais s'il n'y a pas de progrès, l'artiste qui ne porte pas en lui la vision de son temps ne peut être qu'un épigone.
    La peinture de Wou-Ki s'inscrit dans la lignée immémoriale de l'art chinois parce qu'au lieu de la suivre, elle y apporte les interrogations sur le sens de l'art, plus exactement sur le sens de la peinture, nées de notre modernité occidentale, nées des révolutions opérées dans la peinture quand celle-ci s'est émancipée en France des chefs-d'oeuvre qu'on jugeait insurpassables de la Renaissance.

  • Picasso

    Pierre Daix

    • Pluriel
    • 1 Décembre 2014

    Cette biographie de Picasso est sans doute la plus aboutie et la plus complète qu'on puisse lire. Par sa connaissance approfondie de l'homme et de l'oeuvre, Pierre Daix tisse ensemble des fils qui restaient jusque-là épars. À partir des archives du peintre, il enrichit la connaissance du Picasso intime : révélations sur son enfance et découvertes insolites, comme cette demande de naturalisation française déposée par l'artiste en avril 1940...Il souligne le rôle décisif qu'eût la sculpture dans la constitution de son art, en particulier sa peinture qui en restera marquée. Il valide ainsi l'affirmation de Picasso adressée à Christian Zevros : Ce n'est pas ce que l'artiste fait qui compte, mais ce qu'il est. Pierre Daix révèle une création protéiforme, dont cette confidence donne la clé : Savoir tout hausser jusqu'au niveau de l'art. C'est ainsi, comme il me l'a dit la dernière fois que nous nous sommes vus, que Picasso pouvait parvenir à toucher à quelque chose. Quelque chose qui franchisse le temps.

  • Pierre Alechinsky est né en 1927 à Bruxelles, d'une mère wallonne et d'un père russe. Il fait des études de typographie et d'illustration à l'Ecole d'architecture et des arts décoratifs de la Cambre à Bruxelles. En 1949, il adhère au mouvement avant-gardiste CoBrA, rejoignant Karel Appel, Constant, Jan Nieuwenhuis et Asger Jorn. Il participe aussitôt à la première exposition internationale de CoBrA au Stedel à Amsterdam. Dans les années 50, il séjourne en Extrême-Orient et aux Etats-Unis et s'intéresse à l'Action Painting, dont il synthétise les influences combinées. C'est également au cours de cette décennie qu'il commencera à exposer à Paris - où il s'installe -, à Bruxelles, puis à Londres.

  • Mauthausen, créé comme camp de concentration pour 'irrécupérables' dcs l'annexion de l'Autriche par Hitler, servit d'abord ´r exterminer des Tsiganes, des Juifs, des antifascistes autrichiens. Les nazis y envoycrent fin 1939 des milliers d'officiers polonais ; aprcs la défaite de la France, autant de républicains espagnols, encore plus de prisonniers soviétiques, des résistants tchécoslovaques, enfin de grands convois de Français en 1943 et surtout 1944. ´R partir de 1943, Mauthausen travaillant pour l'industrie de guerre, ses kommandos s'étendirent sur toute l'Autriche jusqu'en Croatie. En six ans, on y dénombra plus de 150 000 morts.
    Arrivé en mars 1944, Pierre Daix connut d'abord la célcbre carricre du camp, puis, parlant allemand, entra dans l'administration et l'organisation de résistance dont il retrace ici le développement et rend hommage ´r ses créateurs, les Espagnols, dont il avait rassemblé les témoignages dans Triangle bleu en 1969. Il la montre aux prises avec les drames de la fin du camp : l'arrivée des évacués d'Auschwitz, l'évasion collective des Soviétiques du sinistre 'block 20', pour en venir au chaos d'une libération impréparée par les Alliés qui co"uta des centaines de morts en trop. Il confie ´r l'Europe le soin d'en tirer les leçons.

  • Aragon

    Pierre Daix

    Aragon a incarné les aventures majeures au coeur du XXe siècle, le surréalisme avec Breton, le passage à la Révolution, comme Malraux, la poésie dans la Résistance où il se ré concilie avec Eluard. Il personnifiera le communisme triomphant en 1945, mais saura dire plus tard la déstalinisation et le regel qui écrase Prague sous un « Biafra de l'esprit ».
    Dans la première édition de sa biographie, en 1975, Pierre Daix avait révélé le drame victorien, couvert par un secret absolu et toujours resté à vif, d'une enfance sans père (marié ailleurs, ancien préfet de police, sénateur), mais aussi sans mère (elle passe pour la soeur aînée), déchiffré l'amitié si décisive jusqu'en 1925 avec Drieu la Rochelle, les raisons de l'acquiescement aux
    résolutions du Congrès de Karkhov en 1930 qui entraînent sa rupture avec Breton, comme les chefs des fausses accusations contre Nizan. Il dégageait ainsi Aragon de l'hagiographie comme des simplismes e t des légendes.
    L'ouverture des archives soviétiques, la découverte d'inédits de Breton, de Drieu, d'Elsa Triolet, surtout d'Aragon, ses dernières confidences enfin, ont bouleversé ce qu'on croyait savoir de ses amours, de ses rapports avec Breton et Drieu.
    Pierre Daix n'a pas seulement remanié plus de la moitié de son livre initial. Il enrichit l'histoire littéraire et politique du XXe siècle français et approfondit le déchirement d'Aragon face à un communisme dont il avait fini par appréhender la chute en s'évertuant à la nier.

  • L'attitude du parti communiste, du pacte germano-soviétique à l'invasion de l'URSS, en juin 1941, demeure un sujet de controverse à cause des mensonges accumulés par le PC sur son activité durant la première année de l'Occupation. Pierre Daix montre que les avancées des études historiques sur le sujet rouvrent bien des blessures restées à vif, et qui touchent à la mémoire des étudiants communistes, tel Claude Lalet, organisateur de la première manifestation contre l'occupant nazi, le 8 novembre 1940, et à celle des combattants de l'Organisation spéciale, l'OS, dont il faisait partie. Prolongeant sa réflexion sur les dénis de la mémoire et leurs rapports avec l'histoire, l'auteur analyse ce qu'il appelle "les deux négationnismes" : celui qui nia la terreur communiste - des procès de Moscou aux crimes des Khmers rouges - et celui qui nie encore aujourd'hui l'extermination des Juifs par les nazis. "L'intérêt renouvelé pour l'ensemble de ces problèmes, écrit-il, ajouté à une plus rigoureuse exploitation des archives disponibles et au recul par rapport au XXe siècle montrent que nous entrons dans une nouvelle période, enfin libérée des "enjeux mémoriels" de générations qui disparaissent".

  • Dictionnaire Picasso

    Pierre Daix

    • Bouquins
    • 16 Novembre 1995

    Comment faire tenir dans un dictionnaire l'essentiel de picasso? pierre daix a relevé ce défi en réunissant en plus de 2 000 entrées tout ce qu'on peut savoir des lieux, des amis, des amours qui ont compté dans la vie de picasso, mais aussi de l'histoire de ses oeuvres importantes et de leurs expositions.
    Il fait le point sur ses révisions, soit des arts classiques ou archaïques et de l'art nègre, soit des réussites de ses contemporains, mais aussi des techniques de la peinture, de la sculpture, de la gravure. on y trouvera les relations que picasso entretint avec tous les grands mouvements du xxe siècle, des fauves au cubisme, au surréalisme, à l'art abstrait, ses problèmes avec les marchands, de vollard aux rosenberg ou à kahnweiler, ses idées sur l'art, la politique, le communisme, les faux dont il a été victime, comme les malentendus provoqués par son humour.
    En somme, tout picasso, de l'anecdote au recensement des études qui, au cours de ces vingt dernières années, nous ont davantage appris sur l'artiste que ce qui avait été publié de son vivant.
    Guy schoeller.

  • La publication en 1968 du catalogue raisonné de la totalité des peintures de Nicolas de Staël par Jacques Dubourg et Françoise de Staël accompagné de ses lettres présentées par Germain Viatte provoqua un effet de choc d'autant plus considérable que la complexité de l'itinéraire de l'artiste qu'elle révélait, treize ans après son suicide, était aussi atypique qu'à contre-courant.
    Staël apportait superbement la preuve de la vitalité de la peinture, de l'immensité du champ des renouvellements qui s'offraient à elle quand les augures affirmaient programmée sa mort et ne juraient que par le conceptuel, la table rase installée, l'objet. Au surplus, comme l'écrivit André Chastel, les lettres « c'est Staël à l'état pur [.] dans ses conflits, ses professions de foi, ses violences, ses hésitations et ce qu'on eût nommé à la Renaissance, sa terribilità ».
    Impossible de s'arranger avec un homme pareillement identifié à sa peinture, surtout que celle-ci avait déjà pris un envol qui ne s'arrêtera plus. Trente années plus tard, la publication d'un nouvel inventaire de l'oeuvre peint et de la correspondance contribue à préciser encore les éclairages apportés par la publication de 1968, dans une situation où Staël a pris sa place parmi les grands peintres du siècle, où il continue d'être aussi dérangeant au regard de ceux qui croient incarner le contemporain.
    Simplement, pour entrer dans ses lettres, l'écart s'est agrandi avec cette décennie de l'après-deuxième guerre mondiale où, dans la France violentée et ruinée, coupée du monde pendant cinq années, la peinture se rattrapa dans un bouillonnement d'initiatives, d'inventions, de débats tranchés et tranchants, cruels parce qu'ils touchaient au vif, mais qui restent d'une fraîcheur passionnée sans égale.
    Ce petit livre présente des extraits choisis de la correspondance de Nicolas de Staël, illustrés de dessins non encore publiés.

  • Les surréalistes 1917-1932

    Pierre Daix

    • Pluriel
    • 13 Novembre 2008

    Enfants de la grande guerre, les surréalistes ont nourri la folle ambition de "changer la vie" et de révolutionner toutes les données de l'existence.
    S'ils n'y sont pas vraiment parvenus, leur oeuvre et leur expérience ont profondément influencé la culture du xxe siècle. pierre daix nous fait revivre les temps héroïques du mouvement: la découverte enfiévrée des écrits de rimbaud et de lautréamont, les provocations dadaïstes, l'exploration des limites de la raison. insistant sur le rôle des femmes et sur les rapports compliqués des premiers surréalistes avec le parti communiste, il restitue les raisons cachées et les secrets des conflits et des crises qui ont agité la vie du groupe depuis sa genèse en 1917 jusqu'en 1932, année de la rupture définitive entre ses deux figures de proue, andré breton et louis aragon.

  • Aragon avant Elsa

    Pierre Daix

    Jusqu'à sa mort, en 1982, Louis Aragon a farouchement contesté être l'auteur du mystérieux Con d'Irène, publié anonymement sous le manteau en 1928, et considéré par Camus et par Paulhan comme l'un des chefs-d'oeuvre de la littérature érotique. Pourquoi tant de cachotteries? Pour comprendre, il faut remonter aux années 1920. Louis Aragon, jeune poète surréaliste sans le sou, se lie avec Jacques Doucet, élégant couturier de la Belle Epoque et mécène amoureux des lettres. Il plonge au coeur du mouvement dada, rencontre Picasso, Matisse. Et tombe sous le charme de ses trois muses...
    Pierre Daix conduit avec habileté cette enquête qui révèle le poète de jeunesse et fait découvrir ces femmes qui ont marqué le poète. D'abord, il y a celle " avec qui il ne s'est rien passé ", qui l'a influencé dans les envols de son art, nettement plus que les deux autres. C'est elle, disons Bérénice, qui, le plus douloureusement, l'a conduit jusqu'aux tréfonds de soi. Puis, Nancy Cunard, la poète richissime. Sans oublier la fatale Eyre de Lanux, peintre d'origine américaine... D'elles sont nées quelques proses majeures, comme La Défense de l'infini, Le Con d'Irène, ainsi que Blanche ou l'oubli.
    Plus tard, le poète à la plume expérimentale, qui se cherchait, inlassablement, au gré des rencontres et des désirs, ne voudra pas endosser la paternité de ses premières oeuvres, pourtant essentielles. Jusqu'à son dernier souffle, il aura nié. On a dit qu'il ne voulait pas se compromettre avec le roman, genre "bourgeois" condamné par le groupe surréaliste. Peut-être. Pierre Daix nous livre le premier Aragon, celui avant Elsa.

  • À la fin de la Seconde Guerre mondiale, ayant perdu ses camarades de jeunesse, fusillés ou disparus en déportation, alors que lui-même est rescapé du camp de concentration de Mauthausen, Pierre Daix rencontre Elsa Triolet. Au temps des premières désillusions, elle devient sa bonne fée, sa conseillère et favorise son entrée à la direction des Lettres françaises.
    Au fil des pages du récit, l'auteur révèle la place qu'a eue Elsa Triolet dans les relations agitées entre le parti communiste français et l'Union soviétique, et comment elle a su, dans ces moments de fortes tensions, imposer à son compagnon Louis Aragon le comportement le plus juste, le plus digne, tout en poursuivant une oeuvre romanesque riche, émancipée, qui fut couronnée par le prix Goncourt.
    En dépit de son engagement politique, Pierre Daix ne cherche pas à atténuer ses sympathies, ni ses inimitiés à l'intérieur du Parti. Il rend hommage à Maurice Thorez et parle sans détour de ses affrontements avec Georges Marchais. Cette vision organique de l'appareil communiste constitue, à côté du remarquable portrait d'Elsa Triolet, la double face de ce témoignage unique.

  • Est-ce l'histoire qui tourne en rond ou une fidélité du coeur et de l'âme qui conduit certains êtres à fouler les mêmes chemins à cinquante ans d'intervalle ? Voici Laurette : après l'hécatombe de 1914-1918, à l'époque des garçonnes, elle a cru trouver l'indépendance dans un mariage blanc avec son cousin le romancier Saint-Gilles, compagnon de route des communistes. C'est un psychanalyste hongrois, Laszlo, qui lui fait entendre l'irrésistible appel de la passion. Mais l'idéal qui les unit les séparera : guerre d'Espagne, Résistance où périt leur fils Pierre, avènement du socialisme en Europe centrale où Laszlo, accusé de trahison, disparaît dans l'hiver stalinien. La petite-fille de Laurette, Maria-Laura, a dix-huit printemps en mai 1968. Elle fait la connaissance d'un étudiant pragois, Roberto. Leur ferveur est singulièrement mise à l'épreuve par les normalisations parallèles qui mettent fin au soulèvement des étudiants parisiens et, à Prague, à l'expérience du socialisme à visage humain. Chacun de son côté, ils suivent les chemins de la désillusion, avant de se retrouver et de se redécouvrir six ans après comme deux naufragés sur un îlot de liberté et de tendresse. Aux destins de Laurette et de Maria-Laura se nouent ceux de figures variées d'un monde que nul mieux que Pierre Daix n'aurait su décrire : milieu d'intellectuels et d'artistes dits progressistes, bourgeois rouges pour certains, pionniers du nouveau pour d'autres.

  • Le peintre Paul Cézanne trouvait Fanny, servante au Jas de Bouffan à Aix-en-Provence, belle comme un homme . Il la traita comme une dame et connut avec elle, au printemps de 1885, un grand amour. Ils furent séparés. On sait qu'il demanda à son ami Zola de recevoir pour lui une lettre d'elle qui ne vint jamais. Voici le roman de Fanny tel que l'ont partagé, pour le meilleur et pour le pire, ses complices et l'artiste lui-même, dont la vie et l'oeuvre furent à jamais bouleversées. Recréant la mentalité d'une époque, Pierre Daix conte une magnifique histoire d'art et d'amour.

  • Braudel

    Pierre Daix

  • Rodin

    Pierre Daix

    RodinSi l'on ne connaît qu'un seul nom de sculpteur, c'est celui de RODIN qui vient à l'esprit. Il n'en est aucun qui, plus que lui, ait connu la gloire. Pourtant, on l'a laissé mourir de froid au cours de l'hiver 1916-1917.Quand on a, pour la première fois, posé la question : Qu'est-ce que la sculpture moderne ? , on en a exclu RODIN, relégué dans le symbolisme : c'était en 1986, lors d'une exposition à Paris.Qui était ce génie inclassable, que sa liaison avec Camille Claudel a récemment mis en lumière, tandis que grâce à l'Amérique et aussi au musée qui porte son nom, l'ombre majeure du personnage revient jusqu'à nous ? Quel fut l'itinéraire de ce fils d'inspecteur de police, demeuré un tâcheron jusqu'à ses trente-six ans ?Osons regarder RODIN dans son ampleur et son intimité, depuis l'érotisme des quelque huit mille dessins qui scandent son oeuvre jusqu'au travail à la chaîne de son atelier. Nous nous le devions : Le Penseur, sa plus célèbre sculpture, ne fut-elle pas offerte par souscription publique au peuple de Paris ?PIERRE DAIX qui, de Monet à Picasso, a renouvelé les biographies des grands sourciers de l'art moderne, a réussi là une enquête pleine d'ouvertures inattendues, et un de ses livres les plus neufs.

  • La biographie de Manet paraît de prime abord trop simple: le scandale du Déjeuner sur l'herbe en 1863 n'est-il pas retenu comme acte de naissance de la peinture moderne? Or, sitôt que nous voulons nous rapproher, l'homme nous échappe. Nous ne nous sentons jamais à la bonne distance: ses tableaux semblent peints de la veille, gardent le charme le plus actuel, le plus surprenant, mais sa vie intime victorienne se situe à des années-lumière de notre fin du XXe siècle.Manet semble au surplus n'avoir aucune conscience de changer la peinture, seulement de se mettre en face des choses et de les peindre comme il les voit. Mais personne ne s'était encore mis en face de ces choses-là, ne les avait ainsi vues, et nul ne les avait ainsi peintes. Alors, il va user sa vie à se faire reconnaître par un Salon qui le hait, tandis qu'un siècle après sa mort, il reste au coeur même de la crise de la peinture.Tenter de faire parler ce peintre, c'est bien se plonger dans un tournant capital de notre histoire culturelle, celui de la naissance de l'impressionnisme comme du tournant de la poésie avec Baudelaire, Rimbaud et Mallarmé. Cela revient à prendre la mesure de ce qu'a signifié la modernité au moment où nous devons nous demander ce qui va la suivre. C'est pourquoi j'ai constamment placé cette biographie sous le double éclairage de la distance entre Manet et ses devanciers, voire ses contemporains, et des secrets qu'il a mis au jour pour ses cadets, pour Cézanne comme pour Picasso, et qui sont devenus les signes mêmes de la peinture.P.D.

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